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NCE : Trois lettres qui séparent la souffrance du plaisir – Pyrénéance
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NCE : Trois lettres qui séparent la souffrance du plaisir

Je m’en vais donc vous parler, depuis le blog de PyreneaNCE, de la Pyrénéa Triathlon.

Tout Béarnais un tant soit peu sportif ou montagnard sait déjà de quoi il s’agit, mais pour les autres, voici un petit rappel.

Prenez vos baskets préférés (si si, vraiment vos préférés), et chaussez-les pour rejoindre Rébénacq depuis Pau. Il s’agit alors d’un petit 19km à pied en footing avec 200m D+.

Depuis Rébénacq, attrapez votre vélo (là aussi, plutôt choisir votre préféré, si vous en avez plusieurs), et pédalez jusqu’à la célèbre station de ski de Gourette, éloignée d’une trentaine de bornes mais surtout à 1400m d’altitude, il s’agit alors d’un 1360 D+ puisque on ajoute une ou deux petites butes sur la route.

Non content d’avoir usé le caoutchouc des semelles et des pneus de vos affaires préférées, il vous sera maintenant demandé de poncer un peu vos peaux de phoque, et de vous hisser en haut (presque) de Gourette pour quelques 700m D+ avant de vous laisser enfin glisser tranquillement vers la ligne d’arrivée. Chanceux que vous êtes, on vous aura même réservé une partie de la piste rien que pour vous !

En résumé, il s’agit de parcourir un total de 60km avec 2200mD+ a pieds, à vélo, et à ski. Départ du Boulevard des Pyrénées, tu vises tout droit vers le sud et le Pic de Ger, et tu y vas !

Cette photo n'a rien à voir avec la course mais c'est un très beau couloir du côté de la Mongie
Cette photo n'a rien à voir avec la course mais c'est un très beau couloir du côté de la Mongie

Une page d’histoire s’impose maintenant. Créée en 1985 par l’équipe dirigeante du Club Palois du même nom (Pyrénéa), cette course s’inscrit pleinement dans la grande histoire du Pyrénéisme, et de ses légendes :

  • « L’animal des Eaux Bonnes », Jacques Orteig, chasseur émérite et parmi les premiers guides Pyrénéens, qui emmena Russel découvrir de nouveaux itinéraires, aurait, lors d’un pari, relié Pau depuis Eaux Bonnes, en passant par le sommet du Balaitous, en 18 heures 30 le 22 Juillet 1872.
  • Par la suite, Robert Ollivier qui deviendra un illustre montagnard Pyrénéen, un dimanche de Juillet 1927, prit son vélo pour, toujours depuis Pau, relier le col d’Aubisque par le Soulor. Mais il n’y avait plus de route à partir d’Arbéost, alors imaginez le chantier ! Vélo sur le dos, son compagnon d’aventure et lui rejoignirent finalement Gourette avant de redescendre par la Vallée d’Ossau le lendemain matin…Ils avaient attrapé le virus.
  • Encore un peu plus tard, dans les années 50, Abadie et consorts (dixit Michel, X4 finisher de la Pyrénéa) avaient l’habitude de partir skier à Gourette depuis Jurançon… en vélo.

Et j’en passe, mais je pense que vous avez saisi le principe.

On peut considérer la course comme une sorte d’hommage à ces Hommes et Femmes qui ont « inventé » la pratique de la montagne telle qu’on la connaît.

Cette photo n'a rien à voir avec la course non plus mais un peu plus quand même... Un entrainement où le paysage était plus joli que pendant la course !
Cette photo n'a rien à voir avec la course non plus mais un peu plus quand même... Un entrainement où le paysage était plus joli que pendant la course !

Palois et amoureux de nos chères Pyrénées, j’ai souvent vu cette épreuve passer dans la vallée ou sur les pistes. Les premières fois, j’ai pas cherché à comprendre de quoi il s’agissait. Par la suite, je trouvais que c’était débile. Mais l’age aidant, la jeunesse s’évaporant, le goût à l’effort apparaissant, l’alcool débordant, et la lucidité m’échappant, je l’ai dit : « je ferai cette course pour mes 40 ans ».

Alors en 2020, j’étais prêt, entraîné, préparé, mais pas de bol : annulé. En 2022 et après en avoir parlé (encore à cause de l’alcool hein) maintes fois, plus le choix, pas de retour en arrière possible, il fallait y aller.

Nous voici donc le 20 Mars 2022. Les horaires sont données à titre indicatif, je n’avais pas de montre avec moi (heureusement) :

Boulevard des Pyrénées, Pau 9h :

Les athlètes (les vrais) se sont échauffés, le temps est parfait pour courir, enfin on y est. Je regarde une dernière fois le pic de Ger et me dis que le Jaout aurait été déjà assez loin.

Château de Pau, Pau, 9h03 :

Les athlètes (les vrais) sont déjà au bout du 14 Juillet, je commence à être un peu chaud, mais j’ai mal aux tendons d’Achille.

Rue du 14 Juillet, Pau, 9h08 :

Un spectateur se fout de ma gueule parce-que je porte un boardshort, je vois pas ce que ça peut lui foutre.

Voie Verte, Gan, 9h28 :

Je me fais littéralement fumer par un OVNI de la course par équipe. Lui va très très vite, mais de nombreux suivront.

Voie Verte, Gan, 9h38 :

Je fume littéralement deux femmes. Merde, c’est Sylvie et Josy qui font leur jog du dimanche.

Centre ville de Gan, 9h45 :

Je veux faire comme les pros au ravito mais je m’en mets partout en buvant, c’est pas très classe. Je loupe même la poubelle en lançant mon verre.

Sortie de Gan, 9h50 :

A la découverte de ce muscle entre le mollet et le tendon d’Achille, je me dis qu’il est coquin de se faire connaître aujourd’hui. Le gauche me fait des crampes. La journée va être sûrement un peu longue…

Ravito KM14, 10h15 :

J’ai la confirmation que Gan n’est pas à 14km de Pau. Plus d’équivoque sur le parcours, ça c’est le côté positif !

Parc à Vélo, Rébénacq, 10h36 :

Heeey, mon voisin de vélo me donne mon temps, pas mal non ? 1h36 depuis Pau, ça valait le coup de se faire violence ! Le plan se déroule parfaitement, alors je fais donc bien comme prévu : et je mange par grosses poignées et je bois par grosses lampées : faut bien s’hydrater ! Surtout penser à bien se nourrir pour éviter la fringale ! A moi Gourette ! Poussez vous de d’vant !

Louvie Juzon, 11h00 :

Deuxième découverte musculaire du jour, l’estomac ! Les rageux diront que j’aurais pas du mettre de pinard dans l’eau pour qu’elle ait meilleur goût…En vrai, j’ai mangé mes graines et mes balisto bieennn trop vite, et bu biennn trop vite. Et ça fait biennnn mal. Je suis obligé de rouler sans les mains, assis bien droit pour détendre ce ventre. Ca fait classe, mais c’est moins rapide… surtout avec ce léger vent plein face. Bref.

Laruns, 11h30 :

Oublier de changer de braquet à l’entrée de Laruns c’est pas malin. Au bout de 100m, les crampes, les vraies, se manifestent. Étirements sur le bord de la route. La grimace des bénévoles ajoute une bonne touche au tableau dramatique qui se dresse devant moi.

Eaux Bonnes, 11h68 :

Je monte. A mon rythme, mais je monte. En plus, femme, enfant et canidé viennent d’arriver et m’encouragent ! C’est timide, mais leur présence fait chaud au cœur !

Siala, 11h93 :

Arrêté au bord de la route pour souffler, je demande à femme, enfant et canidé, de me laisser tranquille et de m’attendre à Gourette. Le « t’es sûr que tu vas y arriver ? » est très revigorant.

Siala, un peu plus haut, 11h99 :

Je me suis arrête, encore. On déconne avec deux athlètes qui ont fait la course en relais, mais qui montent quand même en vélo pour le fun. Je leur explique que je les plie au bar. Ils acquiescent, ajoutent « t’as qu’a pédaler avec les coudes »! On rigole ensemble. Ils me déposent.

Le Ley, 13h :

La Sécurité Civile s’en mèle (putain c’est la voiture balai en fait), y vont pas me lâcher tous là ? Bien sûr que ça va, ça se voit non !

Le Ley « supérieur », 13h05 :

Je me sens obligé de faire une petite pause supplémentaire, il est beau ce parking !

Sortie du dernier paravalanche, Gourette, 13h12 :

Je me suis encore arrêté. Ce vieux Bianchi est beau, mais il est trop grand, et c’est pas les bons braquets bordel. J’aurais vraiment du demander à Marco qu’il me prête un bike. Quel con.

Avant le Panneau Gourette, 13h15 :

J’ai froid je mets mon K-way. Sans trop compter ce doit être le cinquième arrêt.

Parc à Ski, Gourette, 13h17 :

« Ah mince, on vient juste de fermer le Parc, vous êtes hors délais ». Encore une bonne nouvelle…pffff.

Parc à Ski, Gourette, 13h28 :

« Attendez un peu avant d’y aller ». Personne sait quoi faire de moi. J’ai l’impression d’être entre le pion et le CPE qui savent pas si ils doivent téléphoner à mes parents, à la police, ou juste ma laisser tranquille. Comme à 16 ans, j’en ai rien à cirer : je mange. Les oranges sont pas mal.

Parc à Ski, Gourette, 13h40 :

On m’a retiré le dossard, bien informé que personne ne garderait mes affaires après 15h, mais on me libère de ma séquestration.

La Boule de Neige, Gourette, 13h41 :

Je m’élance (je me traîne) enfin, un demi snowboard et trois kilos à chaque pied, vers les cimes dans une soupe collante et infâme. J’ai déjà soif.

Ravito de Cotch, Gourette, 14h15 :

Les mecs rangent le ravito. Heureusement ils ont pitié de moi et m’offrent deux cocas, une bouteille d’eau. Je suis sauvé.

Petit Cotch, Gourette, 14h23 :

« Ouhlala, t’es pas arrivé là » ! Me lance, bienveillant, un skieur m’offrant son plus beau dérapage. « Merci pour l’encouragement, vraiment ». Le mec a compris l’ironie.

Petit Cotch, Gourette, 14h24 :

Je me demande pourquoi je l’ai pas traité de connard.

Grand Cotch, Gourette, 14h50 :

« Bon allez, t’y es presque là, allez » ! J’ai bien fait de pas le traiter de connard.

Bas de Cinto, Gourette, 15h00 :

De loin, je vois que les organisateurs démontent la zone d’arrivée, ça fait chaud au cœur (pas qu’ils démontent, mais de la voir enfin !)

Cinto, Gourette, 15h10 :

J’arrive, je chiale (c’était dur), un pisteur me demande si ça va. « Oui ça va mais c’est loin Pau ». Plus personne. Les bénévoles démontent les jalons. J’ai presque envie de leur proposer de l’aide. Finalement non.

Esplanade du Valentin, 15h30 :

Après une descente -enfin- agréable, un sympathique comité d’accueil composé de ma femme de mon enfant, de mon canidé et de fidèles amis m’applaudit… C’est fini.

6H30. C’est le temps qu’il m’aura fallut pour boucler cette satané épreuve. Tout est démonté. Ils ont éteint la lumière.

Le matériel incriminé dans le hors-délai
Le matériel incriminé dans le hors-délai

Les sportifs de haut niveau l’ont bouclé en moins de 3h30. Pello Osoro en 3h07, nouveau record du parcours : t’es une machine ! Eres una maquina ! Un Crack ! Jérôme Mirassou, Julien Hoeksema, bravo. Aurélie Guérin, Manon Garat, Marlène Vanesson, chapeau bas !

Je suis admiratif devant ces performances. Chacun, tous les participants, vous êtes tous des magnifiques sportifs. sincèrement. Bravo.

Beaucoup moins de bravo en voyant les tubes de speed gel (ça s’appelle comme ça non) jalonner le parcours. Sur la route, dans la neige. Pas beaucoup, mais beaucoup trop ! Vous êtes sérieux ?! Ca fait perdre du temps de les remettre dans la poche ? C’est trop lourd ? C’est quoi le problème ? Rien que pour vous gueuler dessus j’aurais du aller plus vite ! C’est presque le seul point noir.

En effet, rien à redire sur l’organisation, très au point, très pro. Les bénévoles, nombreux, sympas et impliqués. Les concurrents pour la plupart sympas.

Quelques minutes avant 6h30 d'efforts
Quelques minutes avant 6h30 d'efforts

Et la happy-end alors ? Et bien il n’y en a pas, dans les résultats, je suis classé dans les ABANDON ! Whaaaaaat ? T’as vu mon orgueil ? Tu veux te battre Pyrénées Chrono ? Qui c’est qui a abandonné là ? Vas-y là !

Alors, c’est un homme à l’honneur bafoué, meurtrit, au cœur triste, que je vais mettre fin à mes……..

Nan j’déconne, ahahah, vous y avez cru !? A la place, j’annonce une énorme contre soirée.

Le 19 Mars 2023, on va se faire un truc sympa, on va se faire une Pyrénéance ! Vous vous rappelez de ces trois lettres qui nous séparent de la douleur ?

  • N pour Non chronométré
  • C pour Chuleta au ravito de midi
  • E pour Enorme fiesta à l’arrivée

On va bosser sur un parcours avec du trail, du VTT, et du ski un peu loin des remontées mécaniques, et on vous tient au jus !

Peace

JB

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